Elle hésita. Elle trouvait cela inconvenant et même quelque peu ridicule. Puis elle consentit. Tout d'abord elle éprouva une espèce de honte à tourner ainsi au milieu d'un cercle d'inconnus ; mais, peu à peu, la perception visuelle devenant confuse dans le tournoiement de la valse, elle finit par oublier et sa honte et ses scrupules, livrée au suave et alangui vertige qui la faisait pâmer.
Lorsqu'ils retournèrent à leur table, la jeune fille haletait, le sang à la tête et les prunelles noyées.
— Tu t'amuses, petite friponne, dit Clémence. C'était bien la peine de faire toutes ces manières quand nous t'avons proposé de venir avec nous. On ne t'a pas encore mangée, je crois.
Henriette sourit ; elle regarda à la dérobée Albarel qui lui pressait amoureusement le petit doigt de sa main gauche.
Attablés en face, cinq ou six étudiants roumains parlaient haut, le geste prolixe, l'accent gras et guttural. Un d'eux, grand beau garçon aux cheveux noirs extrêmement pommadés, en biais sur sa chaise, fixait depuis quelques instants Henriette à travers son monocle avec fatuité. Albarel remarqua le manège et se mit à fixer à son tour le roumain d'un air provoquant. Le roumain sourit dédaigneusement sans changer d'attitude et en rajustant son monocle. Tout à coup Albarel se leva furieux et dit :
— Monsieur, je vous défends de fixer mademoiselle de cette façon impertinente.
— Monsieur, je fais ce qu'il me plaît.
— Vous ne continuerez pas.
— Nous verrons.
— Monsieur!