Henriette s'interrompit pour délibérer si elle rapporterait les dires des ouvrières. Elle hésita par honte d'outrager. Cependant, Marceline ne saurait-elle pas un jour ou l'autre qu'on jasait de ses rapports avec M. Freysse? Mieux valait maintenant. Ce lui serait moins pénible d'apprendre de sa sœur que d'une personne étrangère qui humilierait. Et, surtout, bien qu'elle refusât de l'avouer, Henriette travestissait sous ces motifs l'envie de vengeance. Elle la couvait depuis que Marceline, ayant compris sa faute, l'empêchait de se recueillir en la mémoire de son amour. Bientôt cette envie la conquit toute, et elle se décida à reprendre sa révélation. Elle dit, sans regarder Marceline qui, silencieuse et triste, pensait.

— Va, sois-en bien sûre, ce n'est pas moi qui ai perdu notre réputation. Il y a longtemps que c'est fait.

— Qu'en sais-tu? Que dis-tu là? Tu parles comme une sotte.


Henriette conta.

— Tu ne le crois pas au moins, implora Marceline.

— Non, moi je te dis ça…

Exprès elle glissa dans sa réponse une intonation de doute, afin de laisser savoir qu'elle ajoutait créance.

Et Marceline sombra dans la désespérance de sa vie. Sans larmes, elle gémissait avec des rages froides contre la méchanceté des êtres. A établir des projets de réfutation, des circonstances qu'elle ferait naître pour fournir les preuves de sa conduite indemne, elle s'évertuait en vain. S'ils se réalisaient, tous ses moyens ne serviraient qu'à la rendre ridicule et à mieux convaincre encore les gens dans leurs mauvaises suspicions. Et des doutes aussi l'assaillirent. Avait-elle commis des imprudences? Au fond M. Freysse ne lui était pas indifférent comme elle eût voulu le persuader. Voilà ce dont elle s'apercevait à présent. Et se navra.