— Son cousin?

— Du moins elle m'a dit que c'était son cousin. Moi je n'en sais rien. Va lui demander.

Henriette se redressa résolue à tenir tête. Elle était bien assez grande pour devenir maîtresse de sa conduite, sans doute. Ses larmes avaient séché. Impudemment elle fixait Marceline. Maintenant qu'elle se trouvait femme, une nouvelle dignité, lui semblait-il, convenait.

La grande sœur aussitôt récrimina :

— Non vraiment, je n'aurais jamais cru cela de toi. Si notre pauvre père vivait encore. Est-ce qu'on va dans les cafés? Quelqu'un vous a-t-il vues? Mais c'est fou, c'est fou cela.

Elle se butait contre l'indifférence sardonique d'Henriette. En vain répétait-elle les mêmes réprimandes, faisant saillir son visage avec ses paroles ; les reproches glissaient. Elle s'en exaspéra. La petite sotte conservait son sourire triste et une moue ridiculement résignée, dédaigneuse.

Mais Henriette ne comprenait rien alors : elle se laisserait compromettre par n'importe qui, comme ça, pour faire une farce? Et jusqu'où l'imprudence l'avait-elle engagée? elle refusait de le dire. D'ailleurs où l'impudeur pouvait-elle conduire? Marceline ne savait. Là encore elle choppait à son ignorance de la vie. Et dans cet accul de pensées elle se débattit sans résultat, ne trouvant rien qui pût confirmer son appréhension d'irréparable chute et rien qui l'y pût soustraire. Muette, elle songea longtemps.

Plus que des reproches ce silence navra la petite. Le chagrin que Marceline affectait lui pesa comme un blâme cruel. N'était-ce pas rendre plus odieuse la faute que jouer cette résignation douce? Vraiment ce l'agaça de voir sa sœur pousser d'énormes soupirs en visant le mur. Il paraissait qu'elle, la plus petite, la sacrifiée, en somme, martyrisait cette grande fille bête, bête à la fin avec ses mines d'agneau qu'on égorge.


— Va, ce n'est pas moi qui ai perdu notre réputation…