En wagon. Sicard s'assoupit dans un coin, de mauvaise humeur malgré ses protestations. Ravasse fume, taciturne, coiffé d'un tapabor en drap rayé. Saint-Lager donne à Maurice des conseils sur la manière de se tenir pendant le duel.
Le train file dans la nuit avec des sifflements aigus. Aux stations des portières claquent, la voix des conducteurs chante dans la paix nocturne. Parfois des voyageurs montent dans le compartiment des duellistes : un monsieur à lunettes ou quelque vieille dame roulée dans un châle à grandes palmes.
Albarel se sent très dispos, un jarret d'acier. Ses appréhensions de la veille se sont évanouies. Il se dit : « Je n'aurai pas peur, » et il fume des cigarettes en causant avec Saint-Lager. Il s'amuse aussi à regarder par la portière : des bourgades endormies, avec un clocher pointu dont l'ardoise mire la lune ; des collines mollement ondulées à l'horizon ; les méandres d'une rivière bordée de saules ; un sous-bois et des troncs noueux et des guis hâtifs et des hautes herbes, en une pénombre mystérieuse. Des plaines à perte de vue où des moissons javellent.
Mons. Déserte la grande place parmi les matinales grivelures. Un air d'ennui béatifie les façades nues des maisons au cordeau. Malgré la belle saison la bise point comme dard. Lourdement s'ébranle la cadrature de l'antique horloge.
Deux surannées guimbardes roulent avec des grincements d'essieux hors Mons. Dans la première, Coulesko et ses témoins, dans la seconde, Albarel et les siens.
De Saint-Lager se rengorge. Il répète :
— Vous allez voir si je sais diriger un duel.
Ravasse a complètement rabattu son tapabor. Par moments, dans une demi-somnolence, il miaule :