En compagnie de ses deux témoins et de Ravasse qui avait bien voulu assumer la responsabilité de médecin en cette affaire, Maurice mangea un copieux dîner fortement arrosé. Il fut très gai, très loquace, un peu nerveux assurément. Le café pris, comme l'heure du train approchait, ils montèrent tous quatre en voiture, Saint-Lager à côté de Maurice, Sicard sur le strapontin, Ravasse avec le cocher.

Saint-Lager portait les épées soigneusement enveloppées dans un pardessus ; en les cahots de la voiture leurs gardes vinrent parfois heurter la cuisse d'Albarel. Ce contact lui causa de la répulsion.

Une brise fraîche cinglait, avivée par la course rapide du véhicule.

Maurice pensait : maintenant c'était fini. Il ne pourrait pas faire autrement. Il allait se battre. Demain il allait sentir devant sa poitrine une lame menaçante. Demain il serait grièvement blessé, mort peut-être, oui, mort, là-bas, au diable, dans un pays étranger ; mort, gisant au milieu d'un bois!

Le long du boulevard la vie grouille. Maurice Albarel demeure muet, plongé dans une vague inconscience.

Et, sous le clair ciel d'été, au flamboi du gaz, les feuillages épandus semblent de la tôle vernissée. Dans les boutiques les panneaux à glaces centuplent les globes blafards des girandoles. Les tramways se ruent, béhémots aux prunelles incandescentes. Des êtres se meuvent en traînant leurs ombres par le trottoir.

La gare du Nord. La lumière électrique : funèbre et bleue sur les dalles de l'embarcadère. Des appels, des pas précipités, et le brouhaha de toutes les tarrabalations du départ.

Albarel court au guichet.

Près lui, un grand jeune homme cause avec un employé du chemin de fer. Il reconnaît son adversaire. Un regard est échangé, furtif, prompt.