Gestes évocateurs des lémures ; et se trace la Région Factice en violâtres moirures. Puis montent les décors illustres tandis que s'éclipse la lune troublée jusqu'à se teindre de santal.
Alors.
Au centre des cataractes limitantes, la larve trône, et ses yeux d'eau, et sa couronne de belladones.
Croulent les flots mauves autour d'Elle, depuis le ciel d'or battu jusques au sol de cuivre.
Avec des aspects de verreries, des fleurs riveraines opalines aux mains, la légion des lémures s'aligne sur les rocs d'ivoire vierge.
Les buccins clangorent la gloire des Puissances. Des accords de lyre s'expirent en vibrations de dernier spasme. Les chants supérieurs des harpes hiératiques s'éployent par-dessus les eaux stridentes ; les chants hiératiques s'éployent. Ascension.
En simarre d'orfroi où les Signes s'inscrivent, le Mage à barbe astrale paraît au milieu de son cortège de Kobolds et de Sylphides. Sa dextre élève le sceptre de cinabre à sept pointes d'améthyste. La tiare à neuf couronnes d'or, à neuf bandelettes, à neuf serpents blancs charge son front incolore, son visage incolore. Et dans ses yeux d'Au-delà, les peuples passent en longues traînées gémissantes.
Longtemps, avec sa majestueuse attitude de montagne, il demeure dans l'extase sacrée sous le halo violet de la Larve contemplée. Et les musiques déclinent en modulations susurrantes qui défaillent puis ondulent, se relèvent vers les corps des sylphides voletant, les corps nus et bleus, fuselés : hanches creuses, maigres seins, bouches émaillées, muettes, et les nappes des cheveux céruléens.
Le Mage s'éveille de l'extase, le sceptre vers les Kobolds gibbeux et claudicants qui se prosternent et touchent le sol de cuivre de leurs crânes ridés, de leurs barbes touffues et grises. Et les voilà traçant les cercles médiateurs et les ellipses de force, les caractères vocatoires, les signes aux spirales complexes qui unissent les vigueurs occultes des mondes. Hors leurs barbes touffues et grises les paroles de l'Incantation s'exaltent, les paroles révélatrices, essentielles dont les syllabes font surgir des lueurs.
Vapeurs incarnadines qui émanent des cercles et des signes ; elles se massent en colonnes, en fronton de temple, qui, vite, jusqu'aux blancheurs du Paros s'apâlit. Vapeurs qui courent basses vers les cataractes ; elles les noient de flots blanchoyants : — une mer. Une mer qui se fonce, et se lisse, et se paillette de madrures argentées, et reflète un invisible soleil d'Orient sur son eau bleue, plane. Un soleil d'Orient terni par le halo de Puissance violette et les irradiations héliotrope des lémures.