— Bon, voilà que je ne trouve plus mon démêloir. Où l'as-tu posé, dis un peu, clame Henriette.

— Mais non, voyons, je ne me sers pas de tes affaires. Tiens le voilà, petite sotte.

— Ah que je suis bête.

Marceline hausse les épaules. Bien qu'elle les sache sans méchanceté, ces tracasseries la peinent. Et, comme elle vit dans le regret du passé meilleur, le moindre ennui, une étourderie de sa sœur, charge sa mélancolie.

Vite elle a dilecté cette stagnance de son âme morose ; un calme où elle évoque des joies anciennes et savoure l'amertume de n'en plus pouvoir espérer. Mais le supplice de s'astreindre au ménage et à ses misérables détails l'en vient distraire péniblement.

Sur la table, achetée d'occasion avec les six chaises en faux vieux chêne, elle étale la nappe maculée.

Par la fenêtre : la rue de Sèvres et ses murs jaunes de couvent, des parapluies dans l'averse grise. D'une manière de sympathie le morne paysage pénètre Marceline.

La collation finie, les deux sœurs endossent leurs manteaux, se retroussent la jupe pour le départ. Faute d'autre communication entre la chambre et la cuisine, la grosse servante passe, riant de son air protecteur, un balai, un plumeau dans les mains. Henriette s'en égaie.


La pluie cesse. Les trottoirs brunis mirent. Elles vont dans la rue du Bac. Henriette ne lit pas dans le mutisme de sa sœur la tristesse. Elle suppose que toutes les personnes moins jeunes qu'elle sont naturellement grondeuses et graves, par morgue.