Lentes, les voitures se pressaient comme des vaisseaux dans le bassin d'un port ; les aigrettes des cochers et les bossettes des mors s'irradiaient parmi l'entremêlement des fouets grêles.

Au fil de la pente, la masse des équipages insensiblement glissait vers le moulin.

Henriette s'appliquait à se tenir raide sous l'auréole écarlate de son ombrelle. Maurice essayait à connaître avec sa lorgnette les chiffres indicateurs aux poteaux du départ.

Ils ne parleraient plus que de sport.

Et l'après-midi se passa dans l'enfièvrement des paris.

Après la deuxième course, comme Henriette portait la main à sa poche, elle trouva une bourse pleine de louis mise là par Albarel sans qu'elle le sût.

— Pourquoi ne paries-tu pas? lui demanda-t-il.

Elle gagna, elle perdit, elle regagna. Sa poitrine tressautait à suivre le vol circulaire des jockeys jaunes, noirs, rouges. Droite, sur la banquette de la victoria, elle virait avec eux ; et les palpitations se précipitaient lorsque, disparus dans la houle des têtes spectatrices, seules les désignaient encore les casquettes multicolores, et les remous des gens subitement retournés à leur passage.

— Fini, dit Albarel, je gagne quatre cents.

— Et moi je perds douze francs.