— Parbleu, tu n'as pas voulu m'écouter.

Il regarda sa montre :

— Dis donc, elle y est maintenant, la lettre.

— Flûte pour eux, ils me laisseront peut-être tranquille à la fin.

Elle se jugeait très brave de sa détermination. La lourdeur de l'or dans sa poche la rendait fière. Que ne ferait-elle pas avec? Une parmi les mille reines qui commandent la mode. Peut-être des princes en villégiature l'aimeraient-ils. Quitterait-elle Maurice, dans ce cas? Elle n'osa s'interroger et derrière son éventail étendu, pour payer son amant de cette ingratitude intentionnelle, elle lui mit sur les lèvres un long, un pitoyant baiser.

Elle s'en voulut de cette idée mauvaise qui la hanta.


Dans un cabinet de chez Sylvain, ils dînèrent à deux au champagne. Elle l'embrassa d'elle-même à chaque instant, pour goûter ses lèvres chaudes dont son appétit ne se lassait. Et puis le voyant joyeux de ces caresses, elle crut pallier ainsi sa fautive prévision ; mais la certitude qu'elle le quitterait forcément un jour ne s'en affermit pas moins, sans motif, « pour ça. » Il lui semblait que là n'était qu'un premier degré du chic. D'autres plus riches, des comtes, la mèneraient aux cimes. Et cela lui rendait Maurice pitoyable. Elle eût pleuré de cet abandon fatal. Cependant que faire contre la force des choses? Le chic : sa mission, son but, son devoir. Elle entrevoyait cela comme une carrière, la célébrité au bout, son nom dans les journaux, un hôtel, des hivernages à Nice.

Les œillades humantes qui la visèrent sur le turf, elle les possède encore classées dans son cerveau avec la mine des messieurs. Sur tous, un à cheval, beau, tirait de l'or de sa culotte et donnait, sans attention, à des bookmakers ; sur la pomme de sa courte canne des armoiries compliquées.

A cheval lui siérait la longue amazone sombre et le chapeau à haute forme sans même de voile.