—Je vous en fais la promesse.

—En ce cas, nous allons commencer.»

Il se lève à ces mots, aborde la glaneuse et lui dit: «Combien croyez-vous que peut contenir de blé cette énorme gerbe que vous portez là?

—Ma fine, répond naïvement la jeune fille, d' la façon dont ça pèse sur mes épaules, j' crois ben que j' tenons au moins deux boisseaux de froment; c' n'est pas sans besoin, quand on n'a qu' ses bras et une pauvre mère infirme…. Heureusement j'ons d' la force et du courage.

—Comment vous nommez-vous?

—Marguerite Lefranc, du hameau des Coudriers, à cent pas d' vot' château. Oh! j' vous connaissons ben, monsieur l' baron.

—Voulez-vous me vendre votre gerbe? je vous en donne vingt francs.

—Monsieu l' baron veut s' moquer d'moi.

—Du tout, prenez cette pièce d'or: tous remettrez vos glanes à mon concierge, et lui recommanderez de les déposer dans mon cabinet de travail.—Oui, monsieu l' baron!—Adieu! soignez bien votre mère….—Elle va prier Dieu pour vous, j' vous en réponds.—Et, quand vous ne trouverez plus à glaner, venez me demander du travail au château.—J' n'y manquerai pas, monsieu l' baron.» Elle s'éloigne à ces mots, en portant sur le père et la fille des regards pleins d'expression, et gagne l'habitation de M. de Brevanne, où l'on exécuta ponctuellement les ordres qu'il avait donnés.

Léontine, pendant le chemin qu'ils avaient encore à parcourir, ne cessa de plaisanter son père sur le marché qu'il avait fait; mais, arrivée au château de Grammont, elle oublia bientôt, au milieu de la réunion la plus brillante, et la rencontre de la glaneuse et le défi qu'elle avait osé donner au savant naturaliste. Elle ne revint qu'à une heure du matin, et réitéra pendant la course les plaisanteries les plus folles, auxquelles la baron ne répondit que par ces mots: «Je te le répète, ma fille, tout ce qui se reproduit est d'une valeur incalculable.»