«Je vous donne avis que le ministre instruit que les prisons d'état que vous commandez, renferment plusieurs victimes du pouvoir arbitraire, part demain pour aller les visiter et examiner lui-même votre conduite; prenez vos précautions, et tâchez s'il en est encore tems, d'échapper à ses recherches.»
Ciel! s'il découvrait que je tiens ici dans les fers ce Florestan qu'il croit mort, et dont j'ai tant sujet de me venger; ce Florestan qui voulut me dévoiler aux yeux de l'état et m'arracher ses faveurs.... Ministre si vanté, je saurai te tromper encore et me soustraire à ta vigilance.... (avec trouble et égarement.) Il doit arriver aujourd'hui!... Je n'ai pas un seul instant à perdre... (au chef des gardes qui traverse en ce moment le fond du théâtre à la tête de plusieurs soldats.) Capitaine? écoutez. (Il l'amène sur le devant de la scène et lui parle à demi-voix.) Montez au donjon avec un trompette dont vous serez bien sûr.... vous regarderez attentivement et sans relâche sur la roule de Séville; aussitôt que vous appercevrez de loin une voiture accompagnée de plusieurs gardes, vous m'en ferez donner le signal par le trompette à l'instant même.... Entendez-vous; le signal à l'instant même.... la plus grande exactitude surtout, et de la discrétion; vous répondez de tout sur votre tête. (Le capitaine s'éloigne avec les gardes qu'il avait laissés au fond du théâtre.) Quel parti prendre maintenant pour me débarrasser promptement de ce Florestan? (Après un moment de silence et de réflexion pendant lequel il porte ses regards sur Roc qui rentre en ce moment sur la scène avec Léonore et Marceline.) Il n'en est qu'un.... oui, c'est le seul, qui me reste dans cette circonstance... Roc?
ROC.
Seigneur.
PIZARE.
Suis-moi; j'ai quelque chose d'important à te communiquer.
ROC, (avec étonnement.)
À moi, seigneur.
PIZARE, brusquement.
Suis-moi, te dis-je. (Il sort par l'arcade qui est ouverte; Roc le suit.)