SCÈNE VIII.
LÉONORE, seule.
Oui, oui, j'en profiterai... exécrable Pizare! Je saurai déjouer tes complots et braver ta barbarie.
Air. (Le mouvement en est vif et plein de force.)
Ô toi, mon unique espérance,
Toi qui venges le juste et frappes le méchant,
Sauve à la fois, Dieu tout-puissant,
L'amour, l'hymen et l'innocence....
Dans un moment peut être, hélas!
Sur mon époux une main sanguinaire....
Soutiens une force; ô ciel! arme mon bras;
Dans son cachot condois mes pas.
Si je ne puis le rendre la lumière,
J'y pourrai du moins recueillir
Ses adieux, son dernier soupir...
Ô toi, mon unique espérance, etc.
J'ai pensé vingt fois me trahir devant ce geôlier..... À travers sa rudesse, il porte un cœur vraiment sensible... Si je lui découvrois qui je suis!... Peut-être que mon dévouement, la singularité de ma situation.... mais il est trop attaché aux profits de son emploi, pour accepter mes offres; il redoute trop la puissance et l'inflexibilité du gouverneur, pour ne pas me sacrifier à ce barbare. Non, non; il faut suivre mon projet.... (Ici on entend l'horloge.) Trois heures sonnent; exécutons d'abord les ordres qu'on m'a donnés; ils sont sacrés pour moi, puisqu'ils ont pour objet le soulagement de tant d'infortunés. (Ella va ouvrir la grille, et revient sur le devant du théâtre.) Allons, le sort en est jeté.... sauvons mon époux, ou mourons avec lui. (Ella sort.)
SCÈNE IX.
prisonniers de tout âge.
(Ils descendent de la grille pendant le morceau suivant; et remplissent le théâtre.)