Puis, approchant sa bouche, il pressait tendrement mes lèvres et couvrait mes joues de baisers amoureux. Je ne sais quelle émotion inconnue pénétrait alors tout mon être; j'étais languissante dans les bras du plaisir.
Réveillée par ses tendres caresses, je fis la surprise, la fâchée, je me levai et voulus m'éloigner; mais il me retint dans ses bras, me prit la main, et me dit d'un ton de voix enchanteur, en me regardant d'un air tendre:
—Quoi, ma Lucile, t'offenser de ces libertés innocentes, tandis que tu étais à la discrétion de ton amant? Apprends à le mieux connaître. Non, non, avec lui jamais tu ne seras en danger. Or çà, mon ange, faisons la paix, et pour gage de mon pardon donne-moi un doux baiser. Tu me le refuses; hé bien! je le prendrai moi-même.
Chère Charlotte, je ne pus m'en défendre, et tandis qu'il collait ses lèvres aux miennes, mon cœur palpitait de joie, la volupté se glissait dans mes veines.
Rien n'égalait mon embarras; je n'osais le fixer; et certes, je ne sais ce que je serais devenue, s'il se fût aperçu des émotions qui agitaient mon sein.
Toi qui te piques d'avoir vu bien des choses, vis-tu jamais un amant plus tendre, plus décent, plus respectueux?
Une douce habitude de vivre ensemble resserre chaque jour les nœuds qui nous attachent l'un à l'autre. A ses côtés je ne connais point le chagrin; l'ennui ne se mêle jamais au paisible cours de ma vie, et le dégoût n'ose en approcher. Avec lui il n'est point d'aurore qui en se levant ne me promette une journée sereine et ne me fasse goûter quelque plaisir nouveau.
De Varsovie, le 5 avril 1769.
VI
GUSTAVE A SIGISMOND.
A Sirad.