Me voici depuis quelques jours à Lencini pour y passer une partie de la belle saison.

Hier, les comtes Sobieski, Kodna et Bressin firent partie d'aller en famille passer la journée à l'île Tarnow. J'étais convenu de les joindre à la maisonnette que le dernier a fait bâtir sur le bord du lac, où la compagnie devait s'embarquer.

A mon arrivée, je trouvai les hommes dans le salon à parler politique. Les femmes avaient passé dans le parterre, et j'aperçus les jeunes rangées autour d'un bassin et occupées à s'admirer dans l'onde limpide, chacune une houlette à la main.

Je fus frappé de la coquetterie de leur parure. Avec quel soin elles s'étaient ajustées! Combien leur beauté s'était embellie encore par les secours de l'art! Combien la gaze, la chenille, la dentelle, donnaient de lustre à des charmes à demi-voilés! Combien les rubans et les cordons relevaient artistement leurs robes pour montrer une chaussure délicate, ou plutôt des petits pieds mignons!

Parmi ces gentilles bergères qui attiraient les désirs sur leurs pas, qui n'eût distingué Lucile à l'élégance de sa taille, à son air noble, à son port majestueux?

Elle était vêtue d'une robe blanche, dont l'étoffe lustrée flottait à grands plis autour de son corps, ses cheveux bouclés par les mains de la nature tombaient avec grâce sur son col d'albâtre et se roulaient sur son beau sein; un voile léger dérobait à l'œil des charmes où les cœurs viennent se prendre.

Un petit chapeau d'osier entouré d'une guirlande de fleurs s'abaissait sur ses beaux yeux.

Je ne pouvais me lasser de l'admirer sous cet ajustement, je croyais voir une Grâce décente entre des nymphes vives et légères.

On servit quelques rafraîchissements et nous gagnâmes le bateau.

Déjà les bateliers font blanchir l'écume sous leurs rames, le rivage fuit loin de nous, et nous découvrons les fertiles coteaux de l'île.