Lucile se mit à considérer l'onde qui fuyait en murmurant. Bientôt les zéphirs légers vinrent jouer avec ses blondes tresses et caresser les sens de leur souffle lascif, tandis que les oiseaux amoureux se contaient leur martyre sur les buissons d'alentour.

J'étais à ses pieds, occupé à la contempler: jamais elle ne m'avait paru si belle. En voyant cette fraîche jeunesse, ce teint de lis et de roses, ces lèvres vermeilles qui appellent le baiser, ce sourire des grâces, ces yeux pleins de douceur et de feu, j'oubliai que j'aimais une mortelle.

Je me sentais ému.

L'influence de cette saison charmante, où la nature invite toutes ses créatures à l'amour; les tendres regards que Lucile me jetait de temps en temps, les sons mélodieux qui frappaient mon oreille achevèrent d'enivrer mon cœur, déjà échauffé par la musique, le vin et les tableaux voluptueux.

Je passai un bras autour de la ceinture de Lucile, je lui pris la main et commençai à lui faire quelques-unes de ces timides caresses que l'amour semble dérober à la pudeur. Lucile fit un doux effort pour se dégager, je lui opposai une douce résistance.

Mes yeux tendrement attachés sur elle rencontrèrent les siens, et nos regards se confondirent avec une douce langueur, que je pris pour un tendre aveu.

Tandis que mon cœur s'abreuvait de volupté, une émotion soudaine s'empara de mes sens; mon œil enflammé dévorait ses charmes.

Puis tout-à-coup cédant à mes transports amoureux, je couvris son visage de baisers; je portai mes lèvres sur sa belle gorge; j'osai malgré elle approcher une main avide…

Lucile irritée arrêta mon audace et me quitta d'un air indigné. A l'instant revenu de mon délire comme par une espèce d'enchantement, je la suivis pour lui demander grâce; elle ne daigna pas m'écouter.

Pénétré de douleur, je marchais en silence à son côté, la tête baissée et n'osant lever les yeux.