En continuation.

J'ai trouvé ce matin avec Lucile une parente éloignée de la comtesse que je n'avais pas vue depuis longtemps.

C'est une jeune veuve, à cheveux noirs, à grands yeux bleus, à nez aquilin, à lèvres vermeilles, à petite bouche, et à tout prendre d'une assez jolie figure. Elle ne dit pas qu'elle cherche un mari; mais on le devine.

Sans être belle, elle plaît beaucoup; elle a des manières libres et aisées qui enchantent, et une certaine gentillesse dans l'esprit qui enchante encore plus. Elle est de l'illustre famille des Bajoski et passe pour avoir de grands biens.

Ne serait-ce point là ton fait?

De Lencici, le 15 mai 1769.

VII
SOPHIE BAJOSKI A SA COUSINE.

J'ai sous les yeux un couple d'amants heureux. Enveloppés des ombres du mystère, ils se livrent en silence au plaisir de s'aimer; ils ne paraissent avoir d'autre soin que celui de se plaire, et tout occupés l'un de l'autre ils se suffisent à eux-mêmes.

Tu connais la maîtresse: la charmante Lucile. Je vais te peindre l'amant.

C'est un jeune homme de moyenne taille; mais de la plus séduisante figure du monde. A un teint brun et animé il joint de grands yeux bien fendus pleins de vivacité et de douceur, une moustache naissante, une bouche dessinée par l'amour, des cheveux d'un noir d'ébène, une jambe faite au tour et une main douce, blanche et potelée.