Gustave (c'est son nom) est pétri de grâces; mais il n'a point ces airs légers, tranchants, avantageux, comme tant d'autres jeunes gens, et il n'en plaît que davantage.

Quoique d'un naturel vif et sensible, il est peu porté à la galanterie. Il n'est pas fait pour chercher les bonnes fortunes; je ne sais même s'il saurait profiter de celles qui se présentent. Il me semble si neuf que je parierais tout au monde qu'il n'a encore cueilli que les premières fleurs de l'amour.

Il est si épris de sa Lucile, qu'il n'a d'yeux que pour elle. Aux côtés d'une autre femme il paraît mal à son aise et s'ennuyer beaucoup: mais à ceux de sa belle, son œil brille d'un feu divin, sa bouche sourit amoureusement, toutes les grâces s'animent sur son visage, il est charmant et enjoué.

Je suis assez familière avec lui, et je lui dis souvent le petit mot pour rire; mais il n'entend pas malice.

Tu me diras peut-être que j'en suis amoureuse. Je ne sais; mais je n'aime point à être longtemps sans le voir, je ne le revois jamais sans plaisir et je cherche quelquefois à me trouver sur ses pas. Ce qui me plaît le plus en lui n'est pas précisément sa beauté; son air novice a quelque chose qui me flatte davantage et sa froideur auprès de moi pique ma vanité.

Qu'il serait doux, Rosette, de lui toucher le cœur, de lui donner la première leçon du plaisir amoureux.

Du château de Kamine, près Warzimow, le 20 mai 1769.

VIII
GUSTAVE A SIGISMOND.

A Sirad.

Chaque fois que je vois Lucile, je découvre en elle quelque chose qui m'enchante.