Je croyais voir en lui un rival.

A cette idée, je sentis mon sang bouillonner dans mes veines; je parvins cependant à cacher mon émotion.

Dès que je trouvai le moment de m'éloigner de mon éternelle conteuse, je m'approchai de Lucile. J'aurais voulu lui parler; mais ce jeune importun ne la quittait point. J'étais inquiet. Elle s'en aperçut, et se mit à sourire. Mon inquiétude redoubla, et je me fis violence pour ne point éclater.

Toute la soirée, j'eus à dévorer mon chagrin.

Lorsque la compagnie se fut retirée, j'abordai Lucile; elle avait les yeux baissés et paraissait rêveuse. Nous n'osions nous regarder, mais nous nous entendions sans rien dire, et chacun craignait de rompre le silence.

Enfin je voulus lui parler; elle refusa de m'écouter; je voulus lui prendre la main; elle la retira avec humeur; elle s'éclipsa ensuite et ne se laissa plus voir du reste de la soirée.

Ces procédés me pénétraient de douleur, et je me retirai chez moi, en maudissant pour la première fois la bizarrerie du sexe.

De Varsovie, le 15 juin 1769.

XI
LUCILE A CHARLOTTE.

A Tarzin.