«Vous avez sans doute, me dit-il en m'abordant, l'art de charmer le temps, puisque vous ne daignez prendre aucune part à la conservation.»

«—Le temps me pèse peu, lui répondis-je; on m'a appris dès mon enfance l'art de le trouver court.»

Il se prévalut de cette réponse pour enfiler mon éloge; il me dit mille choses obligeantes et ne quitta ses fades louanges que pour me fatiguer par ses attentions.

Enchantée toutefois que l'occasion se présentât de mortifier Gustave, je les reçus avec moins de répugnance, que je ne l'eusse fait en toute autre rencontre. Je feignis même de l'écouter avec complaisance; mais je craignais que Gustave ne pénétrât le motif secret du plaisir que j'affectai de prendre.

Hélas! me serais-je jamais attendue d'avoir un jour à me venger ainsi de lui? C'en est fait, je ne l'estime plus. Par quelle fatalité faut-il que je l'aime encore? Mon cœur se révolte contre ma raison. Je voudrais l'oublier, et malgré moi je soupire.

Peut-être entreprendra-t-il de se plaindre à son tour? Tandis que le jeune homme qui était auprès de moi me tenait un propos flatteur, je vins à jeter les yeux sur Gustave, et je le vis faire quelque agacerie à ma rivale. Il ne me fut pas possible de résister aux émotions qui s'élevaient dans mon cœur: bientôt je sentis mon visage tout en feu; je baissai la tête pour cacher ma rougeur.

Mon voisin ne douta pas qu'il ne fût l'objet de cet embarras, il se retira d'un air triomphant; et aujourd'hui j'en ai reçu une déclaration d'amour.

Je ne sais comment faire pour me raccommoder avec Gustave; mais je sais bien que je voudrais que cela fût déjà fait.

De Varsovie, le 16 juin 1769.

XII
GUSTAVE A SIGISMOND.

A Pinsk.