XXI
GUSTAVE A LUCILE.

Depuis quelque temps je vois avec chagrin les débats de nos parents au sujet des confédérés. Déjà ils ont fait naître du refroidissement entre nos familles; le jour de notre union est renvoyé, je ne puis plus te voir aussi souvent que je le souhaite, et je tremble qu'à la fin cette mésintelligence n'ait des suites funestes pour notre bonheur.

Hélas! nous touchons peut-être au moment d'être séparés pour jamais.

Chère Lucile, prévenons par un nœud indissoluble le coup fatal dont le destin nous menace. Viens, âme de ma vie, viens, présentons-nous aux autels de l'hymen, et qu'un doux lien nous unisse. Nous tenons encore dans nos mains l'arrêt de notre sort: le laisserons-nous prononcer sans retour?

O ma Lucile, ne ferme pas ton oreille à la voix de ton amant. Rends-toi à son ardente prière, ouvre ton âme aux plus doux sentiments et garde-toi bien de résister au plus puissant des dieux qui veut couronner notre bonheur.

De la rue Neuve, le 27 octobre 1769.

XXII
LUCILE A GUSTAVE.

Tes craintes ne font qu'augmenter les miennes, et achever de porter la mort dans mon cœur. Mais comment écouter tes conseils?

Une fille, sans être dénaturée, ne peut prévenir de la sorte le refus de ses parents.

Tant que les auteurs de mes jours ne consentiront point à notre union, les dieux s'y opposent. Si je n'avais à consulter que mon cœur, ils le savent, cher Gustave, dès ce moment je serais à toi.