Hélas! mon bonheur s'est évanoui comme un songe. Ces riantes idées qui enchantaient mon âme ont fini par devenir des pensées douloureuses; et ce palais, qui devait voir deux époux couronnés, n'est plus qu'un temple de deuil et de larmes.
La source de la joie est tarie dans mon cœur. Dégoûté du présent, je redoute l'avenir et suis insensible à tout, excepté à ma douleur.
Aujourd'hui, cher Panin, le soleil s'est couché sur mon bonheur: à son lever qu'il va me trouver malheureux!
De Varsovie, le 29 décembre 1769.
XXV
DU MÊME AU MÊME.
A Pinsk.
Ah! cher ami, que n'ai-je un père comme le tien! Cet homme aimable! jamais il ne se livra à la fougue des désirs, et ne ferma son oreille à la voix de la raison. L'expérience des choses du monde le rendit sage de bonne heure, et le calme de son âme le garantit toujours de la folie des partis. S'il en épousait un, ce serait sûrement celui de la justice. Sa vertu est éclairée, et la sagesse seule semble le gouverner.
Mais le mien est emporté, fier, ambitieux; il ne connaît que ses passions et ne compte pour rien le malheur d'un fils.
Le voilà maintenant à ne s'occuper que des mécontentements des factieux. Il a épousé leur cause avec tant de chaleur qu'il s'est déjà brouillé avec le comte Sobieski, et je tremble qu'il ne s'oublie au point de prendre parti parmi eux, malgré tous mes efforts pour l'en détourner.
P. S. Malgré que mon père ait rompu avec le comte Sobieski, il ne m'a point fait un devoir de suivre son exemple.