Dupes de ces protestations ou plutôt intimidées par les horreurs de l'anarchie, les confédérations particulières se réunirent en une confédération générale pour demander le rétablissement de l'ordre public à une Diète protégée par la Russie.
Les nobles Polonais firent même la sottise d'envoyer à la czarine quatre ministres plénipotentiaires pour: «La remercier en leur nom de l'intérêt qu'elle daignait prendre au rétablissement de la forme de la république, et la supplier au nom de toute la nation d'accorder sa garantie à ce qui serait statué par les membres de la Diète, pour le maintien de la paix et la conservation des droits de tout citoyen.»
Cependant la czarine fit assurer de nouveau la république de tout l'intérêt qu'elle prenait en qualité d'amie et d'alliée aux troubles qui l'agitaient. Des plaisants pourraient observer que cet intérêt était effectivement bien vif; laissons-les s'égayer; c'est du sérieux qu'il te faut.
Tout allait donc bien comme tu vois: mais ce n'était pas cela que demandait notre bonne voisine. Car la Diète ne fut pas plutôt assemblée, qu'elle y fit proposer d'entretenir perpétuellement en Pologne un corps auxiliaire de troupes russes, pour le maintien de la tranquillité publique.
Quoique Auguste II et Pierre Ier en fussent convenus par le traité de Birzen, cette proposition tendait trop visiblement à l'asservissement de la nation pour passer sans opposition. Elle aurait passé cependant si quatre vrais patriotes ne s'y fussent opposés, et n'eussent tâché d'en faire apercevoir le danger à leurs concitoyens.
L'ambassadeur russe auprès de la république éclairait leurs démarches, et dans la crainte qu'ils ne missent obstacle aux projets de sa souveraine, il les fit arrêter de nuit à Varsovie par des troupes impériales.
La consternation fut générale.
Le roi et la Diète assemblée enjoignirent à leur résident à Saint-Pétersbourg, de demander l'élargissement des sénateurs arrêtés, et pour l'obtenir, d'employer auprès de l'impératrice tout le poids que pourrait avoir la prière d'un roi ou d'une nation.
Leur élargissement eût apaisé les esprits, mais on voulait les enflammer.
Après avoir exercé un acte inoui de souveraineté, au milieu de la capitale d'un État étranger, la Czarine prit un ton tendrement insolent.