Je fis à la hâte une liste de ce dont j'avais le plus besoin, et la donnai à mon valet de chambre.

Comme je voyais emballer mon bagage, j'entendis tout-à-coup dans la cour un bruit confus d'hommes et de chevaux.

Je m'approchai de la fenêtre. C'était un détachement des vassaux de mon père qui s'étaient rendus à ses ordres.

Tandis qu'il était occupé avec eux, je m'échappai un instant pour prendre congé de Lucile. Elle était sortie avec Sophie; je ne trouvai que la comtesse au logis.

—Hé quoi! vous nous quittez, Gustave, me dit-elle, vous laissez Lucile. Que de regrets vous allez causer!

—Je ne suis pas à moi, vous le savez, madame; mon père m'ordonne de le suivre. Que voudriez-vous que je fisse? Renoncerai-je à son amitié? Irai-je me charger de sa malédiction? Sacrifierai-je le devoir à l'amour? Je chéris Lucile; mais il faut la quitter. Les Dieux savent ce qu'il m'en coûte; j'en mourrai de douleur.

A ces mots elle me serra dans ses bras, et me dit d'un ton attendri:

—Il faut donc se soumettre au destin.

On avait envoyé quelques domestiques après Lucile. Impatient de la voir venir, j'étais sans cesse à regarder ma montre. Le moment de partir approchait, et elle ne venait pas.

Désespéré de ce contre temps, je m'avance vers la comtesse pour lui faire mes adieux:

—Allez, me dit-elle, en m'embrassant, allez digne fils d'un meilleur père; je ne vous retiens plus: allez, soyez heureux, et que le ciel vous rende bientôt à nos désirs.