—Quoi, tu balances entre une maîtresse et ton père?
—Vous me percez le cœur.
—Hé bien, reste, fils dénaturé, mais crains ma malédiction.
A l'ouïe de ces paroles terribles, je croyais sortir d'un sommeil douloureux, je gardais le silence; enfin je revins à moi, et je répondis:
—Non, mon père, je ne veux pas me charger de votre malédiction: et puisque l'honneur m'enchaîne à vos destinées, je suis résolu de vous suivre. La seule grâce que je vous demande, c'est de me donner le temps de préparer Lucile à mon départ.
—J'entends, tu espères qu'en tirant en longueur tu pourras me fléchir. L'indigne fils que j'ai! Te voilà vaincu par les charmes d'une fille, par les attraits d'une vie lâche et voluptueuse! Sont-ce là des sentiments dignes de tes ancêtres?
—O mon père, pardonnez à ma douleur; maintenant je ne puis que m'affliger; peut-être dans la suite serai-je plus disposé à me montrer digne d'eux. Laissez-moi un instant pleurer Lucile; vous savez mieux que moi combien elle mérite d'être pleurée.
En prononçant ces mots, je fondais en larmes, et les sanglots étouffèrent ma voix.
Mon père, ne voulant pas donner à ma douleur le temps de s'exhaler par de tristes réflexions, redoubla ses instances, et me dit d'un ton sévère:
—Connais ton devoir!
Puis me saisissant la main avec effort:
—Suis-moi, ajouta-t-il, je te l'ordonne!
Entraîné par son autorité, il fallut obéir. Il me conduisit dans son appartement, où je trouvai deux domestiques à faire des malles.
—Vois ce que tu veux emporter, Gustave, et dépêche! A trois heures, il faut que nos équipages soient prêts.