A Pinsk.

Il y a quelques jours que mon père me fit sentir que je devais me disposer à entrer en campagne avec lui. Je me flattais que la chose n'était pas si sérieuse, qu'il le faisait paraître. Toutefois, pour ne pas lui donner lieu de s'expliquer plus clairement, je ne témoignai aucune répugnance, mais j'évitai de me trouver tête à tête avec lui: je fis même une partie de chasse sur la terre de Minsko.

A mon retour, il ne me parla de rien: je croyais son projet oublié, et déjà je commençais à me livrer à la joie. Mais qu'elle a été de courte durée!

Hier matin, il entra dans ma chambre et me demanda si mes préparatifs étaient faits; il ajouta qu'il n'attendait que moi pour partir.

—Ha, mon père, m'écriai-je d'un ton de désespoir, je mourrai plutôt que de quitter Lucile: arrachez-moi la vie; mais n'exigez pas de moi ce cruel sacrifice.

A peine avais-je achevé ces mots qu'il me dit avec aigreur:

—Fils indigne du père qui t'a donné le jour: voilà donc comment tu soutiens l'honneur de ton nom. Quoi, lorsque l'orgueil d'une princesse étrangère attente à la liberté de l'État; lorsque des ambitieux nous dépouillent des honneurs qui nous appartiennent en propre, et que des ennemis cruels ont résolu la perte de ton pays, tu ne te prépares pas à le venger?

Je ne répondis que par mon silence. Dieux quel combat s'éleva dans mon faible cœur entre l'amour et la nature?

—Allons, Gustave, décide-toi; obéis ou renonce à ma tendresse.

Le trouble de mon âme me tenait immobile, je n'avais pas la force d'ouvrir la bouche.