XXXV
SOPHIE A SA COUSINE.

A Biella.

Lorsque Gustave fut parti rien n'égalait le désespoir de Lucile.

Elle tomba sans connaissance dans les bras de sa suivante et resta longtemps plongée dans une douleur stupide. Quelquefois elle en sortait pour appeler son amant, tourner les yeux du côté où il avait disparu, tendre les bras comme pour l'embrasser et elle y retombait bientôt après.

A cet accablement a succédé une morne tristesse, la langueur de son regard étale tout l'ennui de son âme, et son cœur flétri se refuse à toute espèce de consolation.

Sa chambre ne résonne plus de ses chants, mais elle y tient souvent de tristes soliloques:

«Est-il donc vrai, cher Potowski, (s'écriait-elle l'autre jour) est-il donc vrai que tu m'as laissée? Hélas! il ne me reste plus de toi que le souvenir de t'avoir possédé. O beaux jours! jours trop rapidement écoulés! vous ne reviendrez plus. Que je suis malheureuse.»

Puis elle soupirait amèrement.

Te l'avouerai-je, son état me fait compassion et quand je la vois si affligée, je ne me sens plus la force de la supplanter. Hélas! n'ai-je pas assez de mes peines, sans m'embarrasser encore de celles d'autrui?

Aujourd'hui Lucile paraît plus tranquille que d'ordinaire. Je viens de lui remettre une lettre de Gustave, elle l'a ouverte avec transport.