Tandis qu'elle la parcourait, on voyait la sérénité se rétablir sur son visage; elle l'a lue plusieurs fois; puis, les yeux attachés sur le papier, elle disait à voix basse:

«Cher Potowski, toi dont la vue seule faisait ma joie, si le ciel conserve tes jours, et te laisse à ta maîtresse, mon âme est contente; je lui pardonne tout. Mais hélas! que la vie est lente, et le terme de mon bonheur éloigné!»

Je ne saurais rendre raison des divers mouvements qui agitent mon sein; à mesure que la plaie de son cœur paraît se fermer, je sens la mienne se rouvrir. Mes bonnes résolutions se sont évanouies; mon premier projet me trotte de nouveau par la tête.

Ah! Rosette, je suis honteuse de la bassesse de mes sentiments.

De Varsovie, le 1er mai 1770.

XXXVI
GUSTAVE A SIGISMOND.

A Pinsk.

Que ce monde est changé!

Arrachés par la discorde du brillant théâtre de la vie où nous folâtrions, nous paraissons sur une nouvelle scène où tout est en désordre, en confusion, en alarmes. Au son de la trompette guerrière, appelés dans les champs de la fureur, souvent nous sommes exposés aux plus dures fatigues, aux injures du temps, à la faim, à la soif, toujours occupés à fuir ou à poursuivre de cruels ennemis, et tour-à-tour la proie les uns des autres.

Le parti de l'iniquité semble sans cesse renaître de ses cendres. Chaque jour on voit se former quelque confédération, quelque conjuration nouvelle, sous le beau nom de vengeurs de l'État, de défenseurs de la patrie.