De Pinsk.

Cher Loveski, digne fils du meilleur des pères; toi, dont l'âme vertueuse était un trésor de morale, dont la bouche éloquente était l'organe de la sagesse, dont le cœur simple et droit était l'asile de la candeur; le sourire sur les lèvres, tu prodiguais autour de toi la tendresse et épanchais sans réserve ton âme pure dans le sein de l'amitié.

Avec quel plaisir nous nous entretenions ensemble de sujets badins et sérieux, loin de ces hommes vains et superbes, consacrés à la frivolité! Nous nous aimions pour devenir plus sages.

Que de beaux jours d'été nous avons embellis, assis ensemble au bord d'un ruisseau, et respirant, avec la fraîche haleine du zéphir, le doux sentiment de l'amitié! Que de jours d'hiver nous avons égayés, assis ensemble au coin du feu, et versant dans nos coupes les saillies et la joie!

Hélas! il n'est plus. Dans le printemps de sa vie, lorsque le feu de la jeunesse brillait dans ses yeux et que la santé pétillait dans ses veines, il est tombé sous le fer d'un cruel ennemi. Infortuné jeune homme! tes vertus ne t'assuraient-elles pas déjà l'estime publique? fallait-il encore pour t'illustrer des marques de distinction? Séduit par leur éclat, emporté par la fougue de la passion, tu acceptes, plein de joie, ce poste dangereux, te promettant les succès que se promettait ton jeune cœur. Hélas! eusses-tu pensé que tu courrais à ta perte?

Revêtu de ses nouvelles marques de dignité, il attendait avec impatience le lever du soleil, brûlant d'envie de signaler sa valeur.

Le jour renaît, l'heure fatale arrive; les ennemis s'approchent, ils passent, je donne le signal.

Déjà Loveski avançait à la tête de ses brigades. Il découvre leurs poudreux escadrons; à leur vue, il ne peut modérer son ardeur, il fond sur eux le sabre à la main. L'ennemi étonné veut reculer.

Je sors d'embuscade.

Nous le serrons de près, ses escadrons sont enfoncés: ils fuient; nos combattants les poursuivent et ne songent plus qu'à en faire carnage.