Au milieu de la mêlée, tout-à-coup j'entends retentir le nom de Loveski. Mes yeux le cherchent: je le vois seul, poursuivant un de leurs chefs. Soudain quelques fuyards font volte-face et veulent l'envelopper; il se défend, je vole à son secours avec deux des miens; déjà nous sommes prêts à le joindre, mais il tombe à nos yeux percé du coup fatal qui vient de trancher le fil de ses jours.

On l'emporte à l'écart. Le voilà dans un lieu de sûreté. Je m'efforce de le rappeler à la vie. Il ouvre enfin les yeux et reconnaît son ami.

Ses plaies s'envenimaient: il sent le danger de son état et n'en est point alarmé.

Ah! cher Panin! comment te faire le touchant portrait de Loveski dans les bras de la mort? Quel air de tranquillité il conservait au milieu de ses tourments! Quel air triomphant dans ses traits au milieu des ombres du trépas! Lui-même il me consolait et soutenait mon courage.

Séduit par sa constance, je croyais sa fin éloignée; la joie renaît dans mon âme. Mais, hélas! combien elle dura peu! Bientôt les forces l'abandonnent.

Penché sur son lit funèbre, le cœur dans des angoisses mortelles, j'essuyais ses froides blessures et soutenais sa tête défaillante.

Déjà le flambeau de sa vie ne jetait plus que de faibles lueurs, je comptais avec effroi les moments qui lui restaient à vivre; il veut élever sa voix mourante, ses yeux presqu'éteints me cherchent encore. Ses mourantes mains serrent faiblement les miennes et je recueille ses derniers soupirs.

Le bruit de sa mort se répand. Mais au lieu de voir ses amis accourir en foule se ranger avec respect autour de sa tombe, comme dans un poste d'honneur, pleins d'envie et de haine, ils fuient tous et dédaignent de lui rendre les devoirs de la sépulture.

Ainsi, après avoir quitté la vie sans bruit, il est descendu sans appareil dans l'empire des morts. Les solennités les plus simples ont été négligées, et celui qu'avaient illustré les vertus les plus sublimes, le génie le plus vaste, la naissance la plus distinguée, ne reçut pas même des honneurs vulgaires. Chère ombre, pardonne à la nécessité!

Atteint moi-même d'un trait cruel et tout couvert de sang, je lui creuse une fosse; mes mains tremblantes l'y portent; je lui élève à la hâte un monument. J'arrose sa tombe de mes larmes et lui fais mes derniers adieux d'une voix étouffée de sanglots.