Quand la mort nous enlève un ami, ceux qui nous restent nous exhortent à nous consoler de sa perte. Ils s'empressent d'essuyer nos larmes. Ah cruels! gardez vos soins officieux, laissez couler nos pleurs. Après la perte que j'ai faite, puis-je trop en répandre!
A la triste nouvelle de Loveski décédé, cher Panin, je vois couler tes larmes, j'entends tes regrets, et, comme moi, tu ne craindras pas de trop t'abandonner à la douleur.
Que d'autres conservent la mémoire de leurs amis dans un buste ou une triste épitaphe. Pour moi, je porterai celle de Loveski gravée dans mon âme. Chaque jour j'irai pleurer sur sa fosse, et mon cœur sera la lampe sépulcrale qui brûlera sur son tombeau.
De Boukovina, le 10 juin 1770.
XLII
GUSTAVE A LA COMTESSE SOBIESKA.
Quittez au plutôt Varsovie, madame, avec tous ceux qui vous sont chers.
Les confédérés en veulent aux jours du roi et ne manqueront pas de faire outrage à tous ceux de son parti.
Retirez-vous dans votre terre d'Osselin: il n'y a pas d'apparence qu'ils aient des vues de côté-là.
Je n'ai le temps que de vous assurer des sentiments de ma considération, et Lucile de ceux de mon amour.
Des environs de Sokol, le 15 juin 1770.