Enfoncé dans l'épaisseur de la forêt avec mon domestique, la nuit nous y surprit. Je résolus d'y attendre le retour de l'aurore. A son lever, je tâchai de me reconnaître. J'errai longtemps à l'aventure.

Enfin, je regagnai le grand chemin et continuai ma route, ayant toujours cet inconnu devant les yeux. Son sort me pénétrait; j'aurais voulu en adoucir l'amertume: mais de nouveaux sujets de douleur vinrent bientôt me l'ôter de l'esprit.

De Sandomir, le 30 juillet 1770.

LIII
DU MÊME AU MÊME.

A Pinsk.

Ah! cher Panin! il semble que les dieux irrités aient épuisé leur haine sur ma tête dévouée. Hélas! tout est mort pour moi.

Les confédérés ont fait des incursions dans la grande Pologne, et partout où ils ont passé, on ne trouve que dévastation.

Le joli bourg de Baranow a même été réduit en cendres; les flammes n'ont épargné que quelques édifices incombustibles. Au milieu des masures consumées, on voit encore, d'espace en espace, un temple, une tour, dominer tristement sur les ruines de son enceinte désolée.

Hier, j'eus toute la journée devant les yeux cet affligeant spectacle.

A Sandomir, je quittai la route de Radom pour prendre celle d'Osselin. Je ne pouvais me résoudre à passer si près de Lucile sans la voir. J'avance à grands pas vers ces lieux où était mon trésor. A mesure que j'approche, mes noirs soucis disparaissent, la joie renaît dans mon cœur. Je ne me sens pas d'impatience; je brûlais d'arriver.