A Pinsk.
Quelques rayons d'espérance commençaient à luire au fond de mon cœur: mais hélas qu'ils ont été bientôt éteints!
Un bruit vague courait que le comte Sobieski, fuyant les ruines de son palais embrasé, s'était retiré avec sa famille à Opalin. J'y courus à l'instant; mais toutes mes recherches furent vaines; point de Sobieski!
Me voilà en chemin pour revenir chez mon oncle, plus désespéré que jamais.
Comme je repassais dans mon esprit mes infortunes, mon cheval se mit à hennir et à faire un écart. Je lève les yeux et n'aperçois rien. Il refuse d'avancer. Je l'attaque. Il se cabre, se défend, et m'emporte à la fin dans un sentier de traverse. Il courut un bon mille avant que j'eusse pu l'arrêter. Lorsque j'en fus venu à bout, je cherchai à me reconnaître.
Peu après, croyant avoir regagné le grand chemin, je ne tardai pas à retomber dans mes sombres rêveries. Je n'en fus tiré que par la faim qui commençait à se faire sentir. Je regarde ma montre. Surpris de voir que le jour fût déjà si avancé, je cherche le soleil, et l'aperçois sur son déclin, alors je ne doutai plus que je ne fusse égaré.
Je continuai à marcher, et je n'arrivai point. Inquiet comment je passerais la nuit, j'avais gagné le sommet d'une légère éminence. Je m'arrête pour promener mes regards autour de moi, j'embrasse de l'œil la longue chaîne des collines, des plaines, des forêts que j'avais traversées.
Tout-à-coup j'entends les sons d'une trompe rustique, et j'aperçois, à quelque distance, un berger appuyé sur sa houlette, tandis que deux chiens et un jeune garçon rassemblaient son troupeau.
J'allai à lui. Il parut surpris de me voir.
—Ne craignez rien, lui dis-je, mon ami: je suis un voyageur égaré que la nuit oblige à chercher quelque part un asile. Voudriez-vous me servir de guide jusqu'au prochain hameau?
—Hélas! répondit-il, cet endroit est désert, il n'y a qu'un château à deux lieues d'ici, dont le maître est absent. D'ailleurs il serait nuit avant que vous pussiez y arriver, et trop tard pour y être admis. Mais ma cabane n'est pas éloignée. Je n'ai à vous offrir que de la paille pour lit, du lait et du pain pour nourriture. C'est tout ce que le ciel m'a donné, je le partagerai ce soir de bon cœur avec vous, et demain, je vous remettrai sur votre route.