Le lendemain j'allai d'assez bonne heure m'asseoir vis-à-vis du pied du rocher qui m'avait répété les accents de cette voix touchante.

Il était déjà tard, et les échos gardaient encore le silence: mon chagrin était extrême. Mais tout à-coup ce silence fut interrompu par les chants de la veille. Ils me paraissaient plus distincts.

J'avançai pour les mieux entendre; mais je fus arrêté par un large fossé, qui entourait un parc: j'aperçus dans l'enfoncement un château d'où je jugeais qu'ils devaient partir; ils finirent plutôt que je n'aurais voulu.

La nuit commençait déjà à déployer son noir manteau, et déjà je regagnais tristement ma chaumière, lorsque cette voix plaintive éclata de nouveau dans les airs. Je m'arrête.

—Ha, la voilà encore! disais-je tout seul. Que j'aime à l'entendre gémir au milieu de ce profond silence! Comme mon cœur palpite de plaisir! Ha, si elle savait le charme qu'elle répand autour d'elle! Tendre Philomèle, comme toi, l'âme blessée d'un trait qui la déchire, j'essaie de tromper ma douleur. Nous envoyons ensemble nos accents vers le ciel, et nous n'avons que les étoiles pour témoins de nos plaintes.

En arrivant, mon premier soin fut de m'informer du nom du maître du château. Mon hôte ne put me le dire, quoiqu'il habitât sur ses terres; il savait seulement qu'il était absent depuis quelques mois, d'ailleurs il ne connaissait personne au logis que l'intendant.

Le jour suivant, je me rendis seul au lieu accoutumé et de meilleure heure encore. Je suivis de loin le fossé, et remarquai qu'il ne faisait pas le tour du château, et qu'on pouvait en approcher par les derrières; puis je m'éloignai. De toute la soirée la voix ne se fit entendre. J'en étais affligé!

Cette voix, disais-je en moi-même, suspendait le sentiment de mes maux. Le ciel semblait m'avoir ménagé cette faible consolation: hélas! c'était la seule que je goûtais encore. Je m'y suis trop abandonné, et pour me désespérer le cruel destin m'en prive.

Dès qu'il fit obscur, je hasardai d'aller au pied des murs qui renfermaient cette affligée, dans l'espoir de l'entendre encore.

Comme j'en étais fort près, j'entrevis de la lumière au travers d'une embrasure. J'avance en tremblant, je prête l'oreille, et n'entends rien; je veux approcher l'œil et je ne puis y atteindre. Je cherche une pierre pour m'élever; je la place doucement contre le mur et monte dessus.