D'abord je n'aperçus qu'une lampe qui brûlait. A sa pale lueur, bientôt je crus découvrir les ruines d'un édifice antique. J'étais saisi d'horreur à l'aspect de ce lieu lugubre où régnait un profond silence.
Tout-à-coup une lumière plus vive y pénètre, et j'aperçois une longue salle voûtée, toute remplie de tombeaux. Dieux! quels objets se présentèrent à ma vue. Un petit noir portant un flambeau devançait une femme vêtue d'une longue robe flottante et dont la face était couverte d'un voile. Elle s'avance lentement une couronne de fleurs à la main, se penche sur une urne cinéraire et la tient embrassée en poussant de profonds soupirs.
Je la contemplais en silence, le cœur saisi d'attendrissement.
Elle resta longtemps immobile dans cette attitude; enfin elle se relève, essuie ses yeux avec un mouchoir blanc, et couronne l'urne en prononçant d'une voix gémissante ces paroles:
«Il n'est plus, lui qui n'aurait jamais dû mourir! son cœur bienfaisant était l'ami de tout le monde, et il a eu à redouter la haine. Dans le temps même qu'il prenait plaisir à pardonner, il est tombé sous les coups de la vengeance! Ah! partout où la renommée portera son nom et dira sa mort, il recevra les regrets des âmes sensibles! La joie est tarie pour jamais au fond de mon cœur; il n'est plus pour moi d'autre plaisir que de m'attendrir sur son sort et de venir penser à lui au milieu des tombeaux. Que ne peut-il voir couler mes larmes, entendre mes gémissements, recevoir mon âme prête à s'envoler! Hélas! j'espérais que ses mains me fermeraient les yeux, et c'est moi qui ai recueilli ses cendres. Chère ombre, accepte ces derniers devoirs que te rend mon amour.»
Ciel! quelle émotion inconnue parcourait mes veines, à l'ouïe de ces paroles. Mes organes étaient enchaînés de plaisir, mon cœur défaillait de joie, je m'arrêtai un instant pour recueillir mon âme, je croyais entendre Lucile.
Mais soudain l'image de Lucile dans les bras de la mort se présente à mon esprit; une secrète horreur parcourt tout mon cœur, mon sang se glace, une sueur froide coule de mon front, un tremblement involontaire me saisit, mes genoux se ploient et je tombe sans connaissance.
Au bout de quelques heures, je reviens de mon évanouissement. Je ne sais où je suis. A demi-éveillé, je porte mes mains engourdies autour de moi et trouve la terre humide. Je lève les yeux et j'aperçois les étoiles; je me crois dans un enchantement. Enfin, comme un homme qui sortirait d'un rêve douloureux, je me reconnais.
Le froid m'avait saisi, j'étais mal à mon aise, je voulais me mettre sur la pierre qui m'avait servi de marche-pied; mais à peine pus-je me remuer. J'avais envie de me retirer, mais comment faire la route? Et quand j'en aurais été en état, comment reconnaître mon chemin?
Il fallut donc attendre l'aube du jour. Elle arrive enfin.