Je me trouvais indigne du nom d'amie qu'elle me donnait en me pressant tendrement contre son sein. Je n'osais plus mêler mes feintes caresses à la sincérité de ses regrets: je me serais même arrachée de ses bras si je l'eusse osé. Dans ce moment je sentais tout l'avantage qu'a la vertu sur le vice.
—Quelle candeur, quelle tendresse, quelle générosité que la sienne! me disais-je en secret. Ha! malheureuse Lucile! si tu connaissais cette perfide amie que tu tiens embrassée, tu reculerais d'horreur!
Mon cœur était en proie à mille cruels mouvements; mais la honte les étouffait tous. Je rougissais de la bassesse de mes procédés, je rougissais des caresses de Lucile, je rougissais de mes pleurs.
—Ils ne sont, pensais-je, qu'un indigne artifice. Quoi! sans intérêt pour elle, je l'arrose de larmes!…
Mes joues étaient comme de feu. Pour lui dérober ma confusion, j'enveloppai mon visage de mon mouchoir et je fus cacher dans un coin de la chambre mon trouble et mon embarras, qu'elle prit pour un excès de douleur.
Ainsi, jusqu'au dernier moment, elle était dupe de ma duplicité.
Peu après je partis, trop satisfaite d'aller loin d'elle finir mes obscures intrigues.
Quelle faible créature je suis, diras-tu, Rosette, de n'avoir pu encore triompher du préjugé!
D'Opalin, le 8 septembre 1770.