De Pocoutiew, le 6 juillet 1770.

L
LA COMTESSE SOBIESKA A SON ÉPOUX.

A Lusne.

Depuis que Gustave nous donna avis de nous retirer ici, nous n'avons point de ses nouvelles.

Peu après votre départ se répandit le bruit d'une bataille sanglante entre les confédérés et les Russes. Lucile craignait que Gustave ne s'y fût trouvé. Tandis qu'elle attendait en transes des particularités de l'affaire, on lui apporta une lettre, elle la crut de son amant, et l'ouvrit avec impatience.

A peine y eut-elle jeté les yeux, que je la vis pâlir; ses mains tremblantes pouvaient à peine soutenir le papier, ses lèvres décolorées étaient prises d'un mouvement convulsif, ses genoux se ployèrent sous son corps, et elle tomba sans connaissance.

Tout mon sang se glaçait dans mes veines.

«Hélas! qu'est-il donc arrivé, Lucile? m'écriai-je.»

Je courus vers elle et demandai du secours à grand cris.

Quand nous l'eûmes rappelée à la vie, je jetai un regard sur la lettre. Elle était d'un ami de Gustave, qui nous annonçait sa mort.