Je ne vous peindrai pas l'état de notre pauvre fille, il est inexprimable; et les larmes qui coulent de mes yeux et inondent ce papier, vous le diront mieux que ma plume.

Elle a passé deux jours entiers dans une douleur stupide, sans prononcer aucune parole, et refusant toute espèce de nourriture.

J'avais beau la presser de prendre quelque aliment, mes instances étaient vaines. Enfin la voyant épuisée d'inanition, je me jetai à ses genoux. J'arrosai ses mains de mes larmes et la suppliai de ne pas me donner la mort par ses refus. Elle a reçu de ma main quelques bouillons.

Sa douleur paraît avoir pris un autre cours. Je ne l'abandonne pas d'un instant.

Souvent elle lève ses yeux et ses mains vers le ciel en prononçant le nom de Gustave, puis tout-à-coup elle verse un torrent de larmes, son sein se soulève avec précipitation, et les sanglots la suffoquent.

Je me suis aperçue qu'elle aime à aller gémir dans le jardin, et je crains que tout ne serve ici à lui rappeler son amant et à nourrir sa douleur.

J'ai donc pensé de l'emmener chez sa tante à Lomazy, où nous passerons quelque temps, jusqu'à ce que son affliction soit un peu modérée.

Adressez-nous-y vos lettres, et écrivez-nous souvent.

D'Osselin, le 19 juillet 1770.

LI
SOPHIE A SA COUSINE.