—Cruel! vous m'avez trompée! je ne vous avais ouvert mon cœur que dans l'espoir de vivre heureuse avec vous; vous avez porté la mort dans mon âme.
L'état où je la voyais me touchait de compassion; ses reproches me perçaient le cœur et la vue de ce sein découvert qui palpitait avec violence échauffait mon imagination.
Déjà je commençais à ne plus pouvoir résister. Pour échapper au péril, je m'enfuis.
Dès que j'eus passé la porte, des cris aigus frappèrent mon oreille. Je suspendis mes pas, et j'entendis ce soliloque:
—Il ne m'a donc servi de rien d'avoir troublé leurs amours? Malheureuse! qu'ai-je fait? Dans quel abîme je me suis précipitée? Comment m'en tirer? Combien il va me haïr, lorsqu'il apprendra que c'est moi qui ait fait couler ses larmes! Combien il va me mépriser, lorsqu'il se rappellera ma honteuse faiblesse! Le souvenir de l'état où il vient de me voir le poursuivra dans les bras de mon heureuse rivale, et ma défaite n'aura servi qu'à relever son triomphe. Ah! il s'enfuit plein de mépris pour moi, et ne vivant que pour Lucile! Hélas! je ne souffre que ce que j'ai bien mérité. Pars, pars, Gustave! laisse Sophie couverte de honte, livrée aux fureurs d'un amour sans espoir!
Comme elle achevait ces mots, je rentrai impétueusement dans la chambre, en m'écriant:
—Quoi! Lucile vivrait-elle encore? Où est-elle? Que fait-elle? Ah! daignez me tirer de cette cruelle incertitude!
A ma vue, Sophie resta interdite.
Je me jette à mon tour à ses pieds et lui demande à mains jointes de ne plus me tenir en suspens.
Dans l'agitation où elle était, elle ne savait quel parti prendre. Elle voulut parler. La voix lui manqua.