Piquée de ma froideur insultante, elle baissa la tête en poussant un profond soupir; son cœur était prêt à éclater: enfin les larmes coulèrent de ses yeux; puis d'une voix entrecoupée de sanglots, elle me dit:

—Je vois combien votre froide indifférence est ingénieuse à me cacher mon malheur; mais je le sens dans toute son étendue, j'en suis accablée. Ah! faut-il que j'aie en vain déposé mes ennuis dans votre cœur, et que celui qui devrait essuyer mes larmes, les fasse couler? Je me repens de cette honteuse faiblesse.

Je repris aussitôt:

—Ne vous offensez pas si je réponds si mal à votre tendresse; il m'est dur d'y être condamné.

Tous deux, les yeux baissés, nous gardâmes quelque temps le silence. En lui jetant un regard furtif, j'aperçus sur son visage l'empreinte d'une douleur profonde. Je sentis mon faible cœur s'attendrir, et la pitié faire place à l'amour.

Déjà le feu de la molle luxure commençait à couler dans mes veines, mais crainte d'aller plus loin que je n'aurais voulu, je m'arrachai d'entre ses bras et m'éloignai de quelques pas.

Lorsqu'elle vit que je l'évitais, sa contenance changea. La rougeur lui couvrit la face et ses yeux parurent enflammés; puis, tout-à-coup, cédant à son ressentiment, elle s'arracha les cheveux, se frappa la poitrine et prononça ces paroles d'un ton véhément:

—«Est ce ainsi, barbare, que tu méprises l'amour que je t'ai témoigné? Dieux! hâtez-vous de le confondre! Puisses-tu souffrir des maux plus cruels encore que ceux que tu me fais endurer! puissent mes yeux en être témoins! Ton martyre fera mes délices.

Bientôt un tremblement involontaire se saisit de son corps, ses genoux se dérobèrent sous elle, elle cherchait à s'appuyer; je lui tendis la main.

A l'instant une pâleur mortelle se répandit sur sa face, les larmes recommencèrent à couler, elle me jeta un regard de désespoir en disant d'une voix presque éteinte: