Aussitôt elle laisse tomber un voile et paraît dans un de ces négligés galants si favorables à l'amour.
Ciel! que de beautés s'offraient à ma vue! Quelle blancheur! quelle délicatesse! quels contours arrondis sous ce col d'albâtre! quelle douce langueur dans le regard! quelle mollesse dans la contenance! quelle expression dans ces traits animés par l'amour! Cléopâtre aux pieds de César n'était pas plus séduisante.
Le ton de sa voix et le langage de ses yeux étaient si bien adaptés à ses paroles, que la volupté s'insinuait doucement dans mon cœur. Un charme secret tenait ma vue attachée sur les attraits de cette jolie suppliante. Je me sentais ému et me serais peut-être laissé aller au plaisir de la consoler.
Heureusement l'image de Lucile se présenta à mon esprit.
Bientôt la réflexion vint empoisonner dans mon âme le plaisir que j'avais goûté.
Déjà je me reprochais d'avoir été sensible. J'étais attristé, elle me crut indécis.
—Quoi! vous ne me dites mot? s'écria-t-elle. Hélas! je le comprends, combien les dieux me sont cruels!
—Ah! Sophie, de grâce épargnez à ma vue l'image importune d'un bonheur que je ne puis goûter. Mon cœur est consacré à la tristesse; mes yeux ne doivent plus avoir d'autre emploi que celui de pleurer la perte de Lucile.
A l'instant, elle se lève, saisit ma main, la pose sur son cœur que je sentis battre avec violence, passe son bras autour de mon cou, me presse tendrement contre cette gorge d'albâtre qu'elle étalait à ma vue, approche de ma joue sa joue brûlante; ses bras deviennent des chaînes où je suis retenu, son regard est celui du désir et elle cherche par mille agaceries à faire couler dans mon cœur la flamme qui dévore le sien.
Elle n'y réussit pas.
Pendant qu'elle s'évertuait ainsi, je sentais je ne sais quoi qui repoussait ses efforts, et se jouait de ses charmes.