De temps en temps, elle levait vers le ciel ses yeux humides, puis elle laissait retomber sa tête.

Elle garda quelque temps le silence; et comme j'allais me retirer, j'entendis ce triste soliloque:

«Hélas! pourquoi prend-on tant de soin de me faire vivre? Lorsque la cruelle faim dévorait mes entrailles, pourquoi m'avoir fait un crime de refuser à la nature les soutiens d'une vie plus douloureuse que la mort? A présent le trépas m'aurait réunie à mon amant. Que j'envie son sort! Il est délivré des misères de ce monde, et je gémis encore. Chère âme de ma vie, que ne peux-tu voir ta triste moitié, ce reste sanglant de toi-même qui souffre tant qu'il palpite, et qui achève de mourir dans les tourments.»

En continuation.

Lucile se cache pour pleurer: et quel lieu choisit-elle pour être le témoin de sa douleur? le tombeau de la famille. Te serais-tu jamais imaginé qu'une fille timide aille seule gémir au milieu des morts?

Il y a quelques jours que nous la suivîmes dans ce sombre asile. Nous fîmes l'impossible pour l'en tirer; tout ce que nous pûmes gagner, c'est que quelqu'un l'y accompagnerait.

Hier elle vint me trouver dans ma chambre, et me demanda si l'on pourrait se procurer les cendres de Gustave.

Je lui demandai pourquoi faire? Elle ne répondit mot et se retira à l'instant.

Je ne sais quelles idées lui trottent par la tête; mais ce sont des idées romanesques à coup sûr.

De Lomazy, le 27 juillet 1770.