Mercredi soir, de la rue Neuve.

LXXIV
GUSTAVE A SIGISMOND.

A Pinsk.

Ne l'ai-je retrouvée que pour la perdre plus cruellement encore? C'est elle à présent qui s'arrache à moi.

Hier j'allai trouver Lucile. Elle était seule au logis.

—Chère âme, lui dis-je en lui prenant la main pour attacher à son bras mon portrait, la fortune me sourit de nouveau, mais je ne lui sais gré de ses faveurs que pour t'en faire un don.

Elle me remercia avec une sensibilité qui l'embellissait encore; puis elle me dit en soupirant:

—Vous êtes le plus généreux des hommes: mais je ne puis accepter vos bienfaits.

—Ciel! qu'entends-je? m'écriai-je éperdu. Pourquoi donc, ma Lucile, ne pourrais-tu accepter mes offrandes?

Les yeux attachés sur ses lèvres, j'attendais en tremblant une réponse. Elle paraissait émue, mais elle baissa tout-à-coup son voile pour me cacher son émotion. A l'instant je la pris dans mes bras et lui dis en la pressant contre mon sein:

—Ah! Lucile, tu viens de me percer le cœur, mais achève, ne crains pas de t'ouvrir à moi, tu connais ma tendresse.