Non ce n'est plus délicatesse d'âme, c'est folie de s'opposer de la sorte à une union après laquelle tant de personnes soupirent.
Tu refuses la main de Gustave, crainte qu'il ne vienne à douter de ta tendresse; c'est bien à présent qu'il a raison d'en douter, puisque tu préfères ta vaine gloire à la conservation de ses jours. Il est beau, sans doute, de savoir se résoudre à de pénibles sacrifices; mais il est injuste d'en faire aucun aux dépens d'autrui.
Vois combien de malheureux tu as faits! La vie n'est plus pour ton amant un présent des dieux: tes connaissances, tes amis, tes proches, sont dans la peine; ta mère est dans l'affliction. Fille dénaturée! crains que par ton opiniâtreté tu ne portes encore la mort dans mon cœur!
De Sandomir, le 25 mars 1771.
LXXXVI
GUSTAVE A LUCILE.
Tes scrupules me désespèrent; la douleur consume tous les liens de ma vie, la lumière m'est odieuse.
Cruelle! il ne me reste plus qu'un sacrifice à te faire; je vais le consommer sous tes yeux.
LXXXVII
GUSTAVE A SIGISMOND.
A Pinsk.
Ce matin je me suis rendu chez le comte Sobieski, pour en venir à une décision avec Lucile.