En arrivant, j'ai trouvé Baboushow sur l'escalier, qui est accourue pour me dire que sa maîtresse était avec son père et sa mère, qu'elle paraissait un peu changée hier au soir, et qu'ils s'efforçaient à présent de la rendre raisonnable.

—Si vous êtes curieux d'ouïr leur entretien, a-t-elle ajouté, passez dans cette chambre, vous n'en perdrez pas un mot.

J'entre sans bruit et à pas tremblants. J'approche l'oreille, j'entends la voix de Lucile.

—Le ciel m'est témoin, disait-elle, que je donnerais ma vie pour satisfaire à vos vœux; mais soyez vous-mêmes mes juges.

—Cruelle! s'écria quelqu'un en soupirant.

Puis il se fit un moment de silence.

—Tu péris, Lucile, dit le comte, et tu ajoutes à mes douleurs, celle de te voir consumer d'ennui sous mes yeux, lorsqu'il est en toi d'y porter remède. Ah! Lucile, puisque les devoirs de la nature les plus sacrés n'ont plus d'empire sur ton cœur inflexible, si mes jours te sont chers encore, ouvre ton cœur à la pitié. Pourquoi empoisonner ainsi les derniers moments d'une vie qui s'éteint! Je n'ai plus d'enfants que toi. Faut-il que la main qui me restait pour essuyer mes larmes les fasse couler! Continue, fille ingrate, ton père sera bientôt couché dans cette tombe où ta désobéissance le conduit à pas lents.

Au même moment la comtesse se joignit à son époux.

—O ma fille, ma chère fille, s'écria-t-elle d'un ton qui déchirait l'âme, faut-il que je voie périr en toi le dernier fruit de mes entrailles? Soulage mon cœur opprimé. Aie pitié d'une mère désolée qui peut à peine encore supporter le poids de la vie.

—Ah! je n'en puis plus, disait Lucile en pleurant. Eh bien! soit, puisque telle est votre volonté, je me fais un devoir d'y souscrire; je serai, sans me plaindre, victime de mon devoir; je finirai dans le mépris de moi-même ma…

A ces mots, je sors sans écouter le reste.

—Allez m'annoncer, dis-je à Baboushow.