On était à la fin du dessert; nous nous esquivâmes Lucile et moi.

Peu après, la comtesse nous suivit, et tandis que les cavaliers formaient un trio à table, nous allâmes en former un dans le jardin.

Je conduisis Lucile sous un berceau de jasmin et de lilas; je la plaçai sur un petit trône de gazon, puis j'allai cueillir des fleurs, dont je couronnai ma déesse.

Bientôt il fallut aller rejoindre la compagnie. On servit le café. Lucile et moi prîmes en place un bouillon à la reine, que sa mère nous avait fait préparer.

La soirée se passa fort agréablement, et je me retirai assez tard.

Arrivé au logis, je n'ai rien eu de plus pressé que de mettre la plume à la main pour te donner avis de l'heureuse tournure qu'ont prise mes affaires; non peut-être que mon infortune t'inquiéta beaucoup, mais pour jouir une seconde fois des plaisirs de la journée en les traçant sur le papier.

Je sens mon âme débarrassée d'un poids terrible; un sentiment de plaisir se répand dans tous mes organes; le doux sommeil vient se poser sur mes paupières.

Adieu, cher ami, je te quitte pour aller rêver à mon bonheur.

De Varsovie, le 9 avril 1771.

LXXXVIII
LUCILE A GUSTAVE.