Depuis longtemps je ne connaissais plus le doux sommeil. La nuit dernière il revint poser sur mes yeux son aile caressante. Il amena à sa suite, non ces fantômes effrayants qui ont tant de fois assiégé mon esprit, mais la chère image de Gustave, suivie de la troupe riante des amours et des ris.

Durant mon repos, il a versé sur mes sens un baume restaurant; je commence à me sentir un peu soulagée du fardeau qui m'opprimait.

Ma mère me propose d'aller pour quelques jours avec elle prendre l'air en campagne. Venez-y aussi, cher Gustave; sans vous, je ne saurais goûter de plaisir nulle part.

Mardi matin, de la rue de Bressi.

LXXXIX
GUSTAVE A SIGISMOND.

A Pinsk.

La semaine dernière je reçus de Lucile invitation de venir passer avec elle et sa mère quelques jours à la campagne. J'y volai à l'instant sur les ailes de l'amour.

Tu ne saurais t'imaginer combien ma belle s'est remise en si peu de temps.

Le plaisir et la joie ont été ses seuls médecins; mais quelle n'est pas leur puissance! Déjà ils ont essuyé ses larmes et ramené les ris sur ses lèvres. Déjà ils ont éteint la fièvre dans ses veines, rendu à ses organes leur souplesse et la vigueur à tout son corps. Par leur vertu, son teint commence à se ranimer, ses yeux à reprendre leur feu, sa peau à recouvrer sa fraîcheur: on la dirait rajeunie. Bientôt je verrai ses grâces se ranimer, ses charmes éclore de nouveau et sa beauté sortir radieuse des nuages dont le chagrin l'avait enveloppée.

Depuis que le sort s'est ainsi cruellement joué de mes vœux, je commence à jouir de quelques moments tranquilles.