pieds las, comme s'il avait marché sur sa propre chair. Et quand il s'en alla, il lui parut que toutes les herbes de ce coin de terre s'enroulaient autour de ses jambes, familièrement, avec des caresses délicates, pareilles à celles des mains disparues.

Il revint chez lui, tout hanté d'une grande pensée blanche, qui semblait faire éclore des lis dans son cerveau. Oui, bientôt, lui aussi, bientôt il arriverait sous cette terre, pour dormir côte à côte avec les aïeux oubliés; et peut-être quelques-uns de ses atomes frémiraient-ils au contact mystérieux de vos atomes, ô morts impérissables! Et ce serait fini de souffrir. Et aucune des tristesses noires qui avaient obscurci ses vieux jours ne pèserait plus sur lui. Ah! cela aurait été si doux pourtant de mourir comme il avait vécu, en paysan, en Gascon! Et la suprême larme vint repolir l'azur fané de ses yeux.

Mais c'était un vœu inutile. Yan n'y songea plus.

* * * * *

Au Bignaou,—qui s'appelait depuis quelques jours la villa Duvignau,—l'ex-député

et Mlle Florence arrivèrent presque en même temps que lui. Il était onze heures. Yan s'assura que les champignons étaient cuits, et serra la main de M. Brion, correctement, en arrêtant autant que possible le tremblement de ses doigts.

Florence semblait faire le printemps autour d'elle. Emile était très pâle. L'ex-député fort morne.

On se mit à table.

Yan fut très convenable pendant le repas. Emile n'eut rien à lui reprocher. Il ne demanda pas de mesture. Il mangea presque de tout. Il ne dit aucun mot déplacé. Jamais il n'avait été aussi gentil.

Souvent, de ses petites prunelles claires, il regardait l'heure à la pendule. Puis il considérait la radieuse Florence, longuement, comme pour faire provision de courage.