Et, quand les champignons arrivèrent, savoureux et fumants, il ferma les yeux. Il éprouvait un léger vertige.
—Voulez-vous m'en laisser goûter, Yan? demanda Florence.
—Oh! non! répondit le vieillard. Ne sont-ils pas tous pour moi?
Il était onze heures trois quarts.
Et Yan mangea les champignons de grand appétit. Il les mangea tous, sans écouter les mélopées tristes qui semblaient retentir dans son cerveau.
Et Florence fut très heureuse.
Le temps ne compta plus ensuite pour Yan du Bignaou; il n'entendit rien de ce qu'on disait. A peine comprit-il, lorsque Emile laissa tomber la conversation, au dessert, que l'heure de parler était venue. Yan ne se troubla pas. Il sentit les yeux de tous les convives converger sur lui. Et sa voix ne trembla pas trop lorsqu'il prononça les premières paroles. C'était très solennel. Florence haletait. Oh! la bonne voix toute faible de l'aïeul, comme elle pénétrait l'âme! Yan ne se trompa point. Il prononça très purement les nasales et les u. Il en était si étonné lui-même qu'il crut entendre un ange secourable du bon Dieu parler par son humble bouche... Il éprouva un long frisson dans tout son être quand il arriva aux derniers mots de son discours:
—Monsieur Brion, c'est avec une émotion réelle que j'ai l'honneur de
vous demander, pour mon filleul, la main de mademoiselle votre fille!...
En ce moment Yan entendit la voix grave de M. Brion prononcer de belles paroles qui faisaient chaud au cœur.