Yan envoya chercher le médecin, M. Capdepont, qui demeurait là-bas, à dix ou douze kilomètres de Salignacq, mais il n'y avait rien à faire. André mourut avant l'arrivée du docteur.

Le vieux paysan pleura toute la nuit. De temps en temps il montrait le poing au château, à cet ennemi de pierre qui venait de lui tuer son fils. Et alors il grondait:

—Tu me le payeras, toi! tu me le payeras!

Deux jours après, André ayant été mis en terre, Yan porta de la paille dans le château inachevé, il répandit du pétrole sur les murs, il plaça quelques fagots de pin dans les angles, puis, furieusement, il alluma le tout. Le feu monta, lécha les plafonds, attaqua les poutres, allongea ses langues jaunes par les fenêtres.

—Elle brûle! elle brûle, la tour de Babel! cria Yan avec exaltation.

Il rentra chez lui, courut à un berceau, prit un jeune enfant dans ses bras, et alla lui montrer l'incendie énorme, l'incendie vengeur, qui dévorait le château maudit où André avait trouvé la mort.

—Il a tué papa! disait Yan à l'enfant... Je le tue!

Le petit regardait, effrayé, sans comprendre; et parfois il cachait sa tête contre la poitrine de l'aïeul.

Quand les murs du château restèrent seuls debout, lugubres et noircis, le vieux Yan, que cette catastrophe avait un peu détraqué, et qui, par suite de raisonnements extraordinaires avait trouvé une cause bizarre à la mort épouvantable de son fils, le vieux Yan embrassa son jeune filleul de ses lèvres tremblantes, puis, les yeux encore rougis de tous les pleurs versés, il s'écria:

—Ah! je le jure par la mémoire de ton père! toi, petit, tu resteras paysan comme ton parrain!