Le soir était doux. Le ciel semblait un grand dais de satin mauve; et l'air

était suave aux poumons, comme une liqueur.

Il marcha vite, avec sa courge diabolique au bout du bras. Tous les arbres lui murmuraient des phrases douces au passage. Volontiers, il eût embrassé leurs troncs et pleuré d'attendrissement.

Et le voici, le chemin, l'étroit chemin sinueux de la forêt. C'est par là que passera Mlle Florence! Par là; elle foulera cette poussière!

Il haletait. Il éprouvait des sensations inconnues, des désirs nouveaux; un autre homme semblait naître en lui. Ses poings se contractaient, ses jambes avaient des picotements insolites, comme si la sève, qui courait alors sous l'écorce des arbres, s'était trompée une heure et montait aussi le long de son corps.

Oh! fleurir comme l'un de ces pruniers sauvages de la forêt!

Emile monta son épouvantail; il installa sa citrouille creuse sur une branche de chêne, au beau milieu du chemin, à deux mètres cinquante environ au-dessus du sol. Il alluma la chandelle. L'effet était prodigieux. Le

curé de Salignacq lui-même, se trouvant nez à nez avec cette tête-là, à dix heures du soir, en pleine forêt, se serait dissous de frayeur dans sa soutane.

Emile alla se cacher derrière un arbre.

La nuit était complète. Les grillons chantaient leurs longs cantiques extasiés et, dans le ciel resplendissant, les étoiles qui, chaque jour s'éloignent les unes des autres de plusieurs millions de lieues, apparaissaient fidèlement à leurs vieilles places, telles que les ont vues nos ancêtres, telles que les verront nos fils.